Les métiers du développement rural

 n° 240-241  -  janvier 2022 

Le numéro 239, paru en avril dernier, envisageait le renouvellement du rural, ses caractéristiques et ses acteurs (agriculteurs, collectivités, habitants…) à la recherche de nouvelles formes de faire commun. Ce numéro, double, lui fait écho et, au travers des « Métiers du développement rural », il explore le(s) métier(s) en recomposition, et partant les identités professionnelles, de ceux que l’on nommait autrefois les agents du développement. Entre réformes territoriales et institutionnelles, éventuelles dérives technicistes et émergence d’initiatives associatives et privées questionnant la gouvernance des territoires et leurs transitions alimentaires, écologiques, sociétales… c’est la question d’une démocratie dialogique (Callon, Lascoumes et Barthe, 2001) qui se dessine et interroge l’accompagnement des projets de territoire, le rôle des travailleurs du développement rural mais aussi leur formation.

Ce dossier coordonné par Claire Delfosse, Monique Poulot et Anne Carton, s’appuie avec bonheur sur l’expertise de Cap Rural – centre de ressources sur les pratiques et les métiers du développement local porté par l’Établissement Public Local d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricole Le Valentin à Bourg-lès-Valence (26) –, dont Anne est directrice, et notamment sur l’enquête décennale réalisée en 2019 sur l’état de la profession, qui focalise sur la manière dont les questions sociétales obligent à repenser les rôles et les pratiques des agents de développement (y compris dans leur terminologie). Parce qu’ils sont au cœur des dispositifs, à la croisée des différents acteurs sur les territoires, il nous a semblé important de (re)mettre ces professionnels en lumière.

La rubrique « Analyses et actualités », quant à elle, est riche de cinq articles dont certains résonnent avec le dossier notamment les articles « Activer les relations intercommunalité-communes en faveur du développement rural », de Dominique Bernier & Patrick Grimault, et « Le Controis-en-Sologne : une commune-nouvelle dynamique en passe d’être appropriée par les habitants et élus » de Quentin Legouy. Les trois autres articles forment une série qui met en exergue des enjeux actuels dans l’enseignement agricole. D’abord l’enseigne- ment supérieur avec l’article « Grignon : de la fin du terroir paysan (1674) au haut lieu de l’agronomie (1826), un bien commun à l’aube d’un grand tournant (2021) » signé par Jean Vincent & Pascal Clerc présente l’histoire de ce lieu dont la cession au promoteur Altaréa Cogedim devrait se faire sous peu (nous y reviendrons dans le prochain numéro). L’enseignement technique agricole n’est pas laissé de côté avec deux articles sur des enjeux proches : l’un, de Christian Peltier, interroge la manière dont « Alors que d’autres notions (transitions, agroécologie) sont à l’agenda, […] l’EDD [éducation au développement durable] peut rebondir dans l’enseignement agricole pour contribuer à une citoyenneté du XXIe siècle en construction » ; l’autre, rédigé par un collectif interroge la question des solidarités au lycée agricole de la Haute-Somme au travers du projet LumoS, associant une jeune cheffe de projet, Ophélie Duverly, et l’Institut Godin, centre de transfert en pratiques solidaires et innovation sociale sur les territoires.

Enfin, cet édito est également l’occasion de présenter une toute nouvelle rubrique : « Retours d’expériences » que ce numéro inaugure. Cette nouvelle rubrique veut susciter des retours de terrains, français et étrangers. En effet, nous découvrons tous, à l’occasion de nos pratiques de loisirs ou de travail, des lieux que nous nous appliquons à comprendre et à croiser avec nos terrains familiers. Cette rubrique a donc vocation à accueillir nos notes de terrain, nos car- nets de terrain pour reprendre une image chère aux géographes. Il peut s’agir de textes d’humeur face à une réalité, de textes moins aboutis scientifiquement qui appelleront reprises et ratures, de textes que l’on souhaite mettre en débat. Il nous a semblé important d’avoir ainsi une rubrique ouverte qui ne se réduise pas à celle d’analyses et actualités, plus centrée dans les débats du moment essentiellement plus franco-français.

Le premier texte de cette rubrique nous invite ainsi à découvrir la Tanzanie ; il est le fait de deux géographes travaillant habituellement sur les plaines et plateaux du Nord de la France. En parcourant les terres tanzaniennes autour du Kilimandjaro, Claire Aragau et Nicolas Rouget analysent les ruralités locales marquées par les modèles internationaux autour du nourricier, de l’écologique et du développement touristique.

Vous en souhaitant une bonne lecture,
Pour le Comité de rédaction de la revue POUR,

Isabelle Gaborieau Coordinatrice du Comité de rédaction

Information : ce numéro ne sera disponible en version papier que début février 2022